Vairagya, ou l’art de lâcher prise
- Cindy Gillier
- il y a 5 jours
- 4 min de lecture
Dans le yoga, il existe une notion que l'on a parfois beaucoup de mal à mettre en pratique : Vairagya, le renoncement.
Rassurez-vous : personne ne va vous demander de partir vivre dans une grotte en haut de la montagne avec trois noix de coco et une natte en pandanus.
Vairagya, qu’on traduit aussi par non-attachement ou lâcher-prise, c’est surtout apprendre à moins s’accrocher, aux résultats, aux attentes, aux plans ultra précis que la vie adore parfois faire voler en éclats.
Ça te parle ? 😃
🌺 Le non-attachement, ce n’est pas “ne plus rien ressentir”

On confond souvent le lâcher-prise avec une forme de détachement froid.
Le Vairāgya, ce n’est pas arrêter d’aimer, de vouloir, de rêver ou de ressentir mais plutôt arrêter de croire que notre paix dépend du fait que tout se passe exactement comme prévu.
Patanjali évoque la sensation soif ; cette tension intérieure qui transforme chaque désir en une emprise sur notre conscience. Vairāgya, c'est l'apaisement de cette soif, non par suppression ou renoncement, mais par discernement : plutôt que rester uniquement focus sur cette envie, quit à stagner, continuons à avancer, à évoluer, et qui sait ? Nous finirons peut etre par nous rapprocher de ce qui nous permettra d'étancher cette soif 🙏🏻😉
(ça marche aussi avec les envies de chocolat...et c'est une sacrée pratique 😅)
🧘♀️ Vairagya sur le tapis c'est reconnaitre l'attachement à une action
Comme toujours, la pratique posturale du yoga est un terrain de jeu parfait pour explorer le non-attachement, parce qu'on y voit très vite nos petites fixations :
la posture qu'on "doit" réussir,
la comparaison avec le voisin pour qui la posture semble facile,
la frustration quand le corps ne coopère pas comme la veille.
Pratiquer vairāgya sur le tapis, ce n'est pas se détacher de tout ça — c'est s'observer avec curiosité plutôt qu'avec jugement, noter ce qui fonctionne aujourd'hui et ce qui nous semble plus compliqué puis passer à autre chose, sans drame. 🌺
Vairāgya nous rappelle également qu’on ne pratique pas pour “réussir”, mais pour être présent à ce qui est là aujourd’hui.
Même si “ce qui est là” aujourd’hui, c’est surtout des jambes lourdes et un mental qui pense au dîner 😅
✨ Lors de ta prochaine pratique, choisis une posture qui te résiste habituellement. Au lieu de chercher à "la réussir", observe simplement ce que tu ressens : où est la tension ? Quelle pensée arrive ? Quel besoin se cache derrière l'envie de forcer ? Pas besoin de trouver une réponse — juste regarder. C'est déjà vairāgya en action. 🙏
🌊 Dans la vie quotidienne c'est trouver la liberté sans la fuite
Dans notre époque saturée de stimuli, vairāgya prend un sens particulier.
Nous sommes conditionnés à vouloir plus, à ressentir que notre valeur dépend de ce que nous montrons, possédons, accomplissons ou contrôlons. La pratique du détachement n'est pas un repli — c'est une révolution silencieuse. Elle nous invite à agir pleinement, à aimer profondément, tout en maintenant un point d'ancrage qui ne dépend d'aucun résultat extérieur.
L'image traditionnelle qui peut y être reliée c'est celle du lotus : ses racines plongent dans la boue, ses tiges traversent l'eau, mais sa fleur s'épanouit à la surface, intacte. Le lotus ne fuit pas la boue — il en est nourri. 🌸
C'est exactement ça : être pleinement dans sa vie, savourer les bonnes choses, traverser les difficiles — sans s'y noyer, sans s'y accrocher désespérément. Vairāgya ne nous incite pas à fuir le monde ; on ne renonce pas au lagon, aux amis, au bon repas en famille, on change juste la relation qu'on entretient avec tout ça.
Présent·e, mais libre.
Le non-attachement dans le quotidien, ça peut être :
prendre conscience (et apprécier ?!) l'impermanence des choses, (la météo polynésienne est un super exemple 😝)
arrêter de s’accrocher à une "ancienne version de soi", à certaines relations et projets qui ne nous correspondent plus,
moins se soucier du regard des autres et de leur opinion,
se détacher de certains biens matériels qui encombrent notre espace vital et mental (vive le minimalisme et les trocs de MozNaturette !)
Bref, accepter qu’on ne contrôle pas tout et laisser s'échaper ce qui ne nous correspond pas (ou plus) ..
✨ La prochaine fois que tu te surprends à ressasser une situation agaçante (une remarque, un échec, un plan qui tombe à l'eau), pose-toi cette question : "Est-ce que mon agitation change quelque chose à la situation ?"
Si la réponse est non… c'est peut-être le moment d'invoquer vairāgya 😌 Respire, et laisse passer.

🔥 Le paradoxe du yoga
Dans les Yoga Sūtras de Patañjali, vairāgya apparaît dès le premier livre, aux côtés de abhyāsa (I.15)— la pratique régulière. Ces deux principes forment ensemble les deux piliers du chemin yogique : l'effort constant et le lâcher-prise. L'un sans l'autre mène soit à l'épuisement, soit à la dérive (ou à de la flemme déguisée en sagesse 😅).
Le yoga nous invite donc à pratiquer avec engagement (Abhyasa & Tapas) mais sans obsession du résultat (Vairagya)
Faire de son mieux… puis lâcher prise.
Et honnêtement ? C’est parfois beaucoup plus difficile qu'un grand écart !
🌙 Comment cultiver Vairagya au quotidien ?
Quelques pistes simples :
se rappeler que tout change (les émotions, les relations, les saisons, les corps, les journées)
observer ce à quoi on s’accroche, de matériel ou immatériel
identifier ce qui nous retient de prendre une décision, de mettre en oeuvre un changement (la peur n'est parfois pas loin, et elle est connue pour être une "cause de souffrance" ou klesha)
rendre des services non interessés (vive le bénévolat ! 😉)
🌺 En résumé
Le Vairagya n’est pas une incitation à devenir indifférent ; c’est une invitation à devenir un peu plus libre.
Libre de bouger, libre d'essayer et d’échouer, libre de recommencer, libre d’être là, sans devoir tout réussir et tout contrôler.
Et ça, finalement, c’est peut-être l’une des plus belles pratiques du yoga 🙏





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